Intervention d'Olivier ZAJEC, directeur chez CEIS, dans un article du Monde consacré à la récurrence des changements de patrons à la tête des "géants miniers" qui serait dûe à la pression des actionnaires.
Marius Kloppers, PDG de la première compagnie minière mondiale, BHP Billiton, est le dernier patron des quatre géants miniers à avoir été remercié, mercredi 20 février, par ses actionnaires en l'espace de deux ans.
Ces évictions sont la conséquence de la " révolte " des actionnaires devant la chute des bénéfices. Même si M. Kloppers, par exemple, qui sera remplacé le 10 mai par Andrew Mackenzie, directeur de la branche métaux non ferreux de BHP, n'a pas démérité.
Sa compagnie a plutôt mieux résisté que ses concurrentes à la chute des prix des minerais. Mais les actionnaires ont jugé insupportable que le bénéfice net réalisé de juillet à décembre 2012 chute de 58 %, à 4,8 milliards de dollars (3,6 milliards d'euros).
Dans les conseils d'administration, on a beaucoup critiqué également les dépréciations d'actifs inscrits dans les comptes - 2,8 milliards de dollars dans le gaz de schiste pour BHP, 14 milliards de dollars dans le charbon mozambicain et l'aluminium pour Rio Tinto - ou encore la mauvaise utilisation des capitaux (17 milliards de dollars pour Anglo American). Cette valse des patrons signifie que les actionnaires veulent maintenir le taux de retour sur investissement aux alentours des 20 % qu'ils ont connu de 2005 à 2009. Cela ne pourra se faire qu'en taillant dans les investissements en capacités de production ou dans les projets de fusions-acquisitions colossales. A terme, cet arrêt des investissements, dans un secteur où ils mettent une dizaine d'années à produire des minerais, va empêcher l'offre de répondre à une demande qui repart depuis l'été 2012. Première conséquence : les prix des minerais pourraient exploser avant la fin de la décennie.
" Pénuries possibles "
A plus long terme, " cela posera un problème aux Etats ", analyse Olivier Zajec, chargé d'études chez CEIS, conseil en stratégie. Pays consommateurs " qui, tels l'Allemagne ou la Chine, s'alarment des pénuries possibles " et pays producteurs, " soucieux de développer leurs exportations, leurs recettes et les retombées en terme d'emplois, tels l'Afrique, n'accepteront pas longtemps ce court-termisme des compagnies imposé par leurs actionnaires ", poursuit M. Zajec. " Ceux-ci, prévient-il, découvriront que les gouvernements n'hésiteront pas à traiter directement entre eux des approvisionnements, si leurs intérêts ne sont pas pris en compte par les exploitants. " Le temps long - notamment celui des mines - n'est-il pas l'apanage des Etats ?
Source : Le Monde - Vendredi 22 Février 2013
